Le test du trombone fait tourner le ventilateur. C’est tout ce qu’il prouve.
Une alimentation peut passer ce test sans problème et délivrer un 12 volts hors tolérance, ou s’effondrer dès qu’on lui demande la puissance réelle d’une carte graphique. Voici comment aller plus loin, avec un multimètre à quinze euros.
Sommaire
ToggleLes symptômes qui accusent l’alimentation
Aucune réaction du tout. Pas de voyant, pas de ventilateur, pas de bip. C’est le cas le plus classique.
Des redémarrages ou des extinctions sous charge, en jeu ou en rendu. Attention, ce symptôme peut aussi bien venir d’une alimentation défaillante que d’une alimentation simplement sous-dimensionnée. Ce n’est pas la même conclusion.
Des écrans noirs, au démarrage ou en cours d’usage.
Le ventilateur qui tourne une seconde puis s’arrête. Cela évoque un déclenchement de protection, l’alimentation coupant tout juste après son autotest interne.
Une odeur de brûlé. Signe d’un composant grillé à l’intérieur. Ne jamais ouvrir le boîtier pour vérifier, voir la section sécurité.
Un sifflement aigu, le fameux coil whine. Ce n’est pas une preuve de panne. Des alimentations neuves et parfaitement saines en produisent. Il devient un signal seulement s’il s’accompagne d’autre chose : odeur, instabilité, tension hors tolérance.

Le test du trombone
Le principe
Il s’agit de forcer l’alimentation à démarrer hors de la carte mère, en reliant directement à la masse le fil qui commande la mise sous tension, appelé PS_ON.
Le repère fiable est la couleur, pas le numéro
C’est le point où la plupart des tutoriels se contredisent. TopAchat parle de la quatrième puis de la cinquième broche en partant de la gauche. L’aide Corsair parle des broches 16 et 17. Malekal des broches 15 et 16.
Ces divergences viennent de conventions de comptage différentes, connecteur vu de face ou de dos, référentiel 20 ou 24 broches.
Le fil PS_ON est toujours vert. Les fils de masse sont toujours noirs. Sur un connecteur 24 broches, PS_ON est la broche 16, encadrée par deux masses en 15 et 17. Sur un ancien connecteur 20 broches, c’est la broche 14.
Fiez-vous à la couleur, jamais à un numéro compté à l’œil sur une photo.
La procédure
1. Coupez l’interrupteur arrière de l’alimentation et débranchez le cordon secteur.
2. Sortez l’alimentation du boîtier, ou au minimum débranchez tous les connecteurs vers la carte mère, la carte graphique et les disques.
3. Sur le connecteur 24 broches, repérez le fil vert et un fil noir voisin.
4. Pliez un trombone en U et reliez ces deux broches, sans toucher aux autres.
5. Rebranchez le cordon, mettez l’interrupteur sur marche.
6. Observez le ventilateur.
Ce que ça prouve, et ce que ça ne prouve pas
Ça prouve que le circuit de commande répond et que l’étage de conversion délivre assez de puissance pour faire tourner un ventilateur.
Ça ne mesure aucune tension. Ça ne teste presque aucune charge. Ça ne dit rien de l’état des condensateurs sous charge prolongée.
Un piège à connaître : les alimentations à ventilateur semi-passif ne démarrent pas leur ventilateur à faible charge, par conception. Le test semble échouer alors que tout va bien. Corsair signale explicitement ce faux négatif. Il faut alors brancher un vieux disque dur ou un lecteur optique sur un connecteur SATA ou Molex pour créer une charge minimale.
Le testeur à écran
Il coûte une quinzaine d’euros, se branche sur le connecteur 24 broches et sur les connecteurs additionnels, et affiche la présence et le niveau approximatif de chaque tension, ainsi que le délai du signal Power Good, normalement compris entre 100 et 500 millisecondes.
Deux limites.
Comme le trombone, il ne sollicite l’alimentation qu’avec une charge très faible, celle de ses propres diodes.
Et surtout, Corsair avertit qu’une alimentation conforme à la spécification ATX 3.0 peut produire de fausses lectures sur un testeur ancien, en particulier sur le rail -12 volts et sur le timing du signal Power Good. Un vieux testeur peut donc condamner une alimentation récente en parfait état.

Le multimètre, et les vraies tolérances
C’est ici que la plupart des articles se trompent. Vous lirez souvent que la tolérance est de plus ou moins 10 % sur tous les rails. C’est faux.
| Rail | Nominal | Tolérance | Plage acceptable |
|---|---|---|---|
| +3,3 V | 3,30 V | ±5 % | 3,14 à 3,47 V |
| +5 V | 5,00 V | ±5 % | 4,75 à 5,25 V |
| +5 V veille | 5,00 V | ±5 % | 4,75 à 5,25 V |
| −12 V | −12,00 V | ±10 % | −10,80 à −13,20 V |
| +12 V, norme ATX12V | 12,00 V | ±5 % | 11,40 à 12,60 V |
| +12 V, norme ATX 3.0 | 12,00 V | +5 % / −7 % | 11,20 à 12,60 V |
Le plus ou moins 10 % est réservé au seul rail -12 volts, quasiment abandonné dans les alimentations modernes. Tous les rails réellement utilisés sont encadrés à plus ou moins 5 %.
La nouveauté de l’ATX 3.0 est la tolérance asymétrique du 12 volts : plus 5 %, moins 7 %. Intel a autorisé le rail à creuser davantage vers le bas pendant les appels de courant très brefs des cartes graphiques récentes, sans que ce soit un défaut.
Conséquence directe : un 12 volts mesuré à 11,3 volts sur une alimentation ATX 3.0 est conforme. Sur une ancienne norme, il serait hors spécification.
La mesure
Multimètre en tension continue, calibre au-dessus de 20 volts ou en automatique.
Sonde noire sur une broche de masse du connecteur 24 broches. Sonde rouge successivement sur les broches orange pour le 3,3 volts, rouge pour le 5 volts, jaune pour le 12 volts.
Un multimètre laissé en position ampèremètre et posé sur une source de tension crée un court-circuit. Vérifiez le réglage avant de poser les sondes.
Pourquoi mesurer à vide ne sert presque à rien
Une alimentation fatiguée délivre très souvent des tensions correctes sans charge, et s’effondre uniquement quand on lui demande du courant. C’est exactement le comportement d’un condensateur de sortie en fin de vie.
Pour approcher une vraie mise en charge sans banc de laboratoire :
Gardez l’alimentation active par le trombone, et branchez de vrais consommateurs sur les connecteurs périphériques : un vieux disque mécanique, un lecteur optique, plusieurs ventilateurs sur Molex.
Mesurez ensuite les tensions pendant que la charge tourne, en touchant la broche par l’arrière du connecteur plutôt qu’en le débranchant.
Mieux encore, si la machine démarre : lancez un test de charge logiciel avec la carte mère réellement alimentée, et mesurez pendant. C’est la seule méthode qui sollicite le rail 12 volts au niveau de l’usage réel.
Alimentation ou carte mère
La question revient tout le temps, et elle a une méthode.
Configuration minimale. Un seul module de mémoire, aucun disque, pas de carte graphique si le processeur a un circuit graphique intégré, aucun périphérique USB. Si la machine démarre, réintroduisez les composants un par un.
Une autre alimentation. Si le problème disparaît avec un bloc connu comme fonctionnel, le diagnostic est fait. S’il persiste à l’identique, la cause est ailleurs : carte mère, processeur, ou court-circuit dans le boîtier.
La pile CMOS. Une pile déchargée provoque des symptômes qui ressemblent à une panne d’alimentation : non-démarrage, réglages du BIOS qui se réinitialisent, redémarrages erratiques. Elle coûte deux euros, testez-la avant de condamner quoi que ce soit.
Ce qui oriente vers la carte mère. Les ventilateurs tournent, les voyants s’allument, mais aucun signal vidéo n’apparaît jamais, y compris en configuration minimale et avec une autre carte graphique. Ou des bips au démarrage qui correspondent à un code d’erreur documenté par le fabricant.
Sous-dimensionnée plutôt qu’en panne
Une alimentation en parfait état peut décrocher simplement parce qu’elle est trop juste pour l’ensemble installé.
Les signes sont les mêmes que ceux d’une panne : coupures en jeu, ventilateur à plein régime sous charge.
Pour évaluer le besoin réel, utilisez un calculateur constructeur en renseignant processeur, carte graphique, stockage, mémoire et refroidissement, puis ajoutez 15 à 20 % de marge pour absorber les pics transitoires.
Les ordres de grandeur actuels : 650 à 800 watts pour une configuration milieu de gamme, 850 à 1250 watts pour du haut de gamme. L’écart vient surtout de la carte graphique, dont les modèles les plus gourmands demandent à eux seuls plusieurs centaines de watts là où un modèle de milieu de gamme se contente d’environ 170.

La durée de vie, et ce que 80 Plus ne dit pas
Une alimentation correcte, utilisée normalement, tient de l’ordre de cinq à dix ans. Le facteur limitant est le vieillissement des condensateurs électrolytiques de l’étage de sortie, qui lissent de moins en moins bien la tension.
C’est pour ça qu’une alimentation en fin de vie provoque rarement une panne franche. Elle produit des instabilités qui s’aggravent lentement.
Sur la certification 80 Plus, une clarification s’impose. Bronze, Silver, Gold, Platinum et Titanium mesurent un seuil minimal de rendement énergétique à différents paliers de charge, généralement 20, 50 et 100 % de la puissance nominale.
Elles ne disent rien de la qualité des condensateurs, rien des protections intégrées, rien de la stabilité sous charge transitoire, rien de la fiabilité à long terme. Deux alimentations portant la même certification peuvent avoir des composants très différents.
Ces deux derniers points relèvent du consensus de la presse spécialisée plus que d’une documentation constructeur unique. Prenez-les comme des ordres de grandeur.
Sécurité
N’ouvrez jamais le boîtier métallique de l’alimentation. Les condensateurs de filtrage haute tension à l’intérieur restent chargés plusieurs minutes après le débranchement du secteur. Le contact peut être dangereux. Toutes les méthodes décrites ici s’effectuent sur les connecteurs externes.
Débranchez le cordon avant toute manipulation de connecteur.
Ne laissez aucun composant branché pendant le test au trombone.
Travaillez sur une surface non conductrice, à l’écart de toute source d’humidité.
Trois pistes de dépannage
Si les tensions sont bonnes mais que les performances s’effondrent après quelques minutes de charge, le problème est ailleurs : le throttling et comment le diagnostiquer.
Sur l’autre bout de la chaîne d’alimentation, celui des appareils nomades et de leurs chargeurs : l’USB Power Delivery.
Et pour protéger la machine de ce qui arrive en amont de l’alimentation : l’onduleur et la protection des appareils.
Questions fréquentes
Comment tester une alimentation PC sans multimètre ?
Par le test du trombone, en reliant le fil vert à un fil noir du connecteur 24 broches, alimentation débranchée de tout le reste. Cela vérifie seulement que le bloc démarre, pas que ses tensions sont correctes.
Quelles broches relier pour le test du trombone ?
Le fil vert, qui porte le signal PS_ON, et n’importe quel fil noir de masse. Sur un connecteur 24 broches, ce sont les broches 16 et 15 ou 17, mais la couleur reste le repère sûr.
Quelles tensions doit délivrer une alimentation ?
3,3 volts et 5 volts à plus ou moins 5 %, 12 volts à plus ou moins 5 % sur l’ancienne norme, ou plus 5 et moins 7 % sur une alimentation ATX 3.0. Le rail -12 volts admet plus ou moins 10 %.
Mon PC ne démarre pas, est-ce l’alimentation ou la carte mère ?
Testez en configuration minimale, puis avec une autre alimentation connue fonctionnelle. Si le comportement est identique avec les deux blocs, la cause est ailleurs. Vérifiez aussi la pile CMOS.
Un testeur d’alimentation suffit-il ?
Il donne une lecture rapide mais sous une charge quasi nulle. Sur une alimentation ATX 3.0, un testeur ancien peut même signaler à tort un défaut sur le rail -12 volts ou sur le signal Power Good.
Combien de temps dure une alimentation ?
Cinq à dix ans en usage normal, la limite venant du vieillissement des condensateurs. Les symptômes sont progressifs plutôt que brutaux.
Sources
- Intel, guide de conception ATX12V révision 1.3 et page officielle de la spécification ATX version 3.0, pour les tolérances de régulation
- All Pinouts, brochage du connecteur ATX 24 broches
- Corsair, guide de test d’un bloc d’alimentation et mise en garde sur les testeurs anciens face à l’ATX 3.0
- Malekal, trois méthodes de test et plages de tension
- TopAchat et Materiel.net, procédures de test au trombone
- Dell, documentation de l’autotest intégré des blocs d’alimentation
- Flowup, sur le dimensionnement et les pics de consommation des cartes graphiques récentes
